
Samantha Besson
Droit international des institutions
Collège de France
Année 2025-2026
Conférence - Juliana Uhuru Bidadanure : Trashification
Juliana Uhuru Bidadanure
Professeure associée de philosophie, Université de New York
Juliana Uhuru Bidadanure est invitée par l'assemblée du Collège de France sur proposition de la Pr Samantha Besson.
Résumé
L'égalitarisme post-rawlsien a été façonné par deux courants principaux. Les égalitaristes distributifs, tout d'abord, soutiennent qu'une société juste est celle dans laquelle chacun reçoit sa part juste (Sen 1979 ; Dworkin 1981 ; Arneson 1989 ; Cohen 1989). La plupart des débats internes à ce premier camp se sont concentrés sur la détermination du bien X central à la justice égalitaire : les opportunités, les biens premiers, les ressources, le bien-être, ou les capabilités. Le second courant de l'égalitarisme contemporain est relationnel. Les égalitaristes relationnels soutiennent que nous devons aller au-delà du paradigme distributif pour mieux envisager l'égalité (Young 1990 ; Anderson 1999 ; Scheffler 2003). Au lieu de se concentrer sur la relation possessive entre une personne et ses biens et la relation comparative entre individus, les égalitaristes relationnels nous encouragent à examiner les différentes manières dont les contextes institutionnels et les modes de relation inégalitaires influencent nos positions. Ils nous incitent à élargir les paramètres à prendre en compte pour penser l'égalité : au-delà des biens et de leur distribution, il faut considérer le respect, la reconnaissance ainsi que l'absence d'oppression et de domination. Ils nous invitent à appréhender la justice comme l'établissement de communautés dont les membres se voient et se traitent comme des égaux.
Mon approche à l'égalité est fondamentalement influencée par l'égalitarisme relationnel. Mon premier livre, Justice Across Ages: Treating Young and Old as Equals (OUP, 2021), applique les notions de l'égalitarisme relationnel à la justice entre les groupes d'âge et générations. Je démontre que les questions d'âge et de temporalité mettent en lumière la nécessité d'une composante relationnelle dans la justice égalitaire. Néanmoins, la notion de rapport d'égal à égal est quelque peu opaque. Des progrès sont nécessaires pour développer des théories de l'égalitarisme relationnel qui soient aussi précises que certaines théories distributives l'étaient auparavant. C'est l'objet de mon nouveau projet de livre, provisoirement intitulé Infériorisé. Le livre adopte une stratégie négative : j'étudie les modes de relation inégalitaires que nous avons des raisons d'éviter et j'en retire une proposition positive de ce que les relations d'égalité impliquent.
Écrit à la croisée de la philosophie et des sciences sociales, le livre présente une typologie des modes d'infériorisation les plus sérieux et courants, de l'infantilisation et l'objectivation à la diabolisation et l'animalisation. Il offre des définitions précises de ces « technologies d'avilissement » (Chamayou 2008), mettant en lumière leurs spécificités, leur fonction sociale et les politiques publiques auxquelles elles sont souvent associées. Je me concentre sur une variété de cas historiques et contemporains, de la diabolisation des immigrés et des bénéficiaires de l'aide sociale, à l'infantilisation des plus âgés, en passant par l'animalisation des Tutsis durant le génocide de 1994 au Rwanda. La contribution philosophique la plus importante du livre est le développement d'une nouvelle théorie de l'égalité relationnelle. Ma contribution aux sciences sociales est une typologie précise, qui peut être mobilisée pour identifier et mesurer les inégalités sociales. Dans cette perspective, je collabore avec des sociologues et économistes du Stanford Center on Poverty and Inequalities pour créer une nouvelle mesure relationnelle des inégalités basée sur ma théorisation.
Au Collège de France, je compte présenter un nouveau chapitre de m